Partagés entre le désir d’explorer de nouvelles contrées à vélo et celui de revoir des amis précieux, nous avons tourné nos roues vers l’Asie Centrale et plus particulièrement vers le Pommistan, une contrée imaginée comprenant l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghyzstan.
Trois pays, trois mois et trois mille kilomètres.
Notre but : retrouver Samarcande et l’accueil kirghyze, découvrir la Haute Route du Pamir, ses cols d’altitude et ses paysages lunaires.
Lorsque nous quittons Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, sur nos bicyclettes le matin du 15 juin, nous ne savons pas où nous dormirons le soir comme ce sera souvent le cas au cours du voyage. La sortie de la ville est aisée: il suffit de suivre les avenues Furgat et Bobur, assez calmes aux heures précoces, puis de suivre l’ancienne route de Samarcande le long de la voie ferrée.
En début d’après-midi, à la sortie de Chinoz, des panneaux nous envoient vers la 2X2 voies que nous voulions éviter. A proximité du carrefour se dresse un hôtel qui nous semble accueillant : bâtiment neuf, un peu à l’écart de la route. Les couloirs résonnent de rires et d’exclamations, de claquements de talons hauts et de portes… Une équipe de tournage occupe une partie des locaux, techniciens, jeunes actrices et acteurs avec qui nous fraternisons aussitôt dans un anglais facilement compréhensible. La nuit tombée toute l’équipe s’en va en bus tourner quelques scènes dans une ville voisine. C’est le moment choisi par le personnel des cuisines pour nous convier à un sympathique repas confectionné à notre intention : soupe, plov, salade, pâtisseries, vin , bière et jus de fruit. C’est à une heure bien avancée que nous rejoignons notre chambre. Le ton du voyage est donné!
Le lendemain soir, après une étape de plat de 135 kilomètres nous échouons pour varier les plaisirs dans l’antique hôtel soviétique de Gizzax : moquette déchirée, vitres cassées, salle de bains dévastée et visite de la police à 22h30.
100 petits kilomètres nous séparent alors de Samarcande où nous arrivons le troisième soir, dormant comme en 2006 au Bahodir , guesthouse prisée des voyageurs au long cours. Nous y faisons la connaissance de Trudy et Dick, couple de Hollandais arborant une fringante cinquantaine. Eux comme nous souhaitent gagner le Tadjikistan distant d’une poignée de kilomètres. Hélas les relations entre Tadjikistan et Ouzbékistan ne sont pas des plus amicales et la frontière entre Samarcande et Pendjikent est fermée, ce qui nous oblige à un détour par le sud. Nous décidons de rouler ensemble pour la semaine qui nous sépare de Dushanbé, la capitale tadjike
L’antique capitale de Tamerlan (ou Timour le Sanguinaire) ne nous avait pas révélé toutes ses splendeurs lors de notre passage en 2006, aussi nous sommes-nous efforcés de combler quelques lacunes en dirigeant nos pas vers l’ensemble de Chah-I-Zinde, avenue de tombeaux escaladant une colline, ou encore vers le mausolée de Gour-Emir où reposent Timour et deux de ses fils sous une resplendissante coupole plus bleue que le ciel.
Les terrains vagues qui côtoyaient le Reghistan ont été remplacés par des jardins fleuris aux allées dallées. Chaque soir nous nous mêlons aux Ouzbeks qui viennent s’y promener en famille lorsque le soleil s’est retiré, profitant de la relative douceur et de la fraîcheur dispensée par les nombreux jets d’eau.
Des supermarchés à l’occidentale se sont épanouis et le bazar s’anime sous de vastes hangars bétonnés, fonctionnels et facilement contrôlables, mais sans l’âme centrasiatique d’autrefois. C’est ce qu’on appelle le progrès...
Trudy et Dick ont vendu leurs biens et sont partis des Pays-Bas en février dernier pour une année de vadrouille à bicyclette en direction de l’Asie. Nous roulons ensemble une petite semaine pour gagner le Tadjikistan par le poste-frontière de Tursanzade.
Dick roule un peu plus vite que nous et doit marquer la pose de temps à autre afin que notre petite équipe se reconstitue. Quant à Trudy, elle roule à notre rythme, avouant à mi-voix sa satisfaction de rouler sur un tempo plus doux...
Le couple possède un équipement semblable au nôtre, le chargement harmonieusement réparti entre six sacs et sacoches.
Cinq étapes et 475 kilomètres nous conduisent à Dushanbé sous une chaleur accablante. Nous nous faufilons par plusieurs cols parmi des paysages arides, plongeant parfois dans des vallées agricoles bénéficiant d’une irrigation bienfaisante. Pastèques, melons, fruits et légumes sont alors au menu.
A Dushanbé atteinte lors d’une journée de vent de sable qui nous blanchit au fil des heures, notre petite troupe doit se séparer: Trudy et Dick sont pressés, leur visa tadjik ne leur accorde que trente jours pour traverser le pays alors que deux mois nous ont été accordés. Notre rythme est définitivement plus nonchalant...
A Dushanbé, capitale bien soviétique par de nombreux aspects, de solides bâtiments couleurs pastel s’alignent le long d’avenues ombragées. Nous y effectuons quelques achats de nécessité et sirotons d’authentiques cafés italiens avant de nous enfoncer dans le Tadjikistan déshérité des montagnes.
Nous sommes en effet rapidement confrontés à des routes défoncées et cahoteuses plongeant vers des torrents sauvages ou escaladant des crêtes aériennes au prix de pentes sévères. De temps à autre une portion de route bien revêtue, une section reposante le long d’une rivière, une oasis verte où s’abrite un village aux toits gris
Un matin se dresse sous nos roues le col de Khaburabot et ses 3252 mètres. 30 kilomètres de piste irrégulière, 2 000 mètres de dénivelée et l’impression de ne jamais en voir la fin. Au sommet nous attendent Iris et Regula, deux jeunes amies suisses voyageant aussi à vélo, qui nous ont préparé un succulent plat de pâtes, renseignées qu’elles étaient de notre arrivée par des automobilistes.
Ce col nous fait basculer dans la vallée de la rivière Panj qui marque sur plusieurs centaines de kilomètres la frontière entre Afghanistan et Tadjikistan. Près de la route des panneaux signalent la présence de mines, souvenirs d’anciens conflits.
Nous longeons la rivière dans d’interminables gorges jusqu’à Khorog, nous rappelant les kilomètres désolés de la Karakoram Highway du Nord-Pakistan. Glissements de terrain et avalanches de pierre ne sont pas rares. Heureusement nous ne subissons pas la pluie, cause de tant de dégâts sur ces terrains instables.
A 50 mètres de nous l’Afghanistan, ismaélien, calme et ouvert, redoute l’arrivée prochaine des talibans
Khorog est la seule véritable ville du Pamir. 30 000 habitants, une université et un bazar actif en font un centre attractif pour tous les Pamiris. Nous y séjournons quelques jours, jouissant d’une relative fraîcheur grâce aux 2 100 mètres d’altitude et d’un débit internet suffisant pour alimenter notre site en textes et photos.
Nous faisons une incursion d’une semaine dans la vallée de Wakhan partagée entre Tadjikistan et Afghanistan, là-même où Marco Polo passa en 1274. La même civilisation fleurit des deux côtés de la frontière : la langue, la religion ismaélienne, la nourriture y sont identiques.
D’antiques forteresses, des sources thermales, des vestiges bouddhistes et dominant la vallée les sommets de l’Hindu-Kush pakistanais dépassant les 7 000 mètres au sud, les pics Marx et Engels à plus de 6 500 mètres au nord.
Nous y découvrons les maisons pamiries lors de nos haltes vespérales. Ces habitations traditionnelles, d’aspect simple et austère au dehors sont agencées autour d’une grande pièce centrale dotée de cinq piliers symbolisant les cinq prophètes de l’islam, d’une fosse centrale dotée d’estrades garnies de tapis où nous passons les nuits. Au plafond un véritable puits de lumière composé de quatre niveaux de poutres concentriques représentant les quatre éléments, air, terre, feu et eau, et encadrant une lucarne de toit en forme de prisme.
A Ishkashim est lancé sur la Panj le seul pont reliant les deux pays. Au milieu des eaux une île où s’étale chaque samedi un marché où peuvent se mêler sans embrouille Afghans et Tadjiks. Abandonnant vélos et passeports aux soldats de faction, nous déambulons deux heures parmi tapis et chaussures usagées, pakols et barbes, abricots et foulards. Des familles s’y embrassent, des amis s’y retrouvent, des relations millénaires s’y entretiennent.
De retour à Khorog nous nous engageons dans la vallée de la rivière Gunt en direction du Haut Pamir, exercice qui nous fait passer progressivement de 2 100 à 4 272 mètres au col de Koitezek.
La vallée habitée, verdoyante et cultivée (vergers, luzerne, blé…) est surplombée par endroits de glaciers majestueux. Nous faisons étape dans la ferme de Firouz au village de Wer puis à la station thermale de Jelandy où nous tentons de soigner furtivement nos arthroses naissantes dans les eaux brûlantes dans la piscine située à 3 500 mètres d’altitude.
Le lendemain matin l’ascension finale du col n’est pas une sinécure: piste de terre et de cailloux fort raide, air appauvri en oxygène. Nous devons parfois mettre pied à terre, le souffle court. Le sommet franchi, sans presque redescendre, nous ondulons sur un vaste plateau non dépourvu de pentes raides. La maigre circulation, camions chinois ou jeeps bondées, ne nous gêne en rien: la route est à nous dans une atmosphère légère et lumineuse où nous devons protéger notre peau et nos yeux du rayonnement solaire intense.
Un détour nous conduit au village de Bulunkul près duquel nous pouvons nous détendre dans les eaux chaudes d’un rustique bassin de pierre sur les rives du lac de Yashil-Kul, un autre nous voit partager la vie d’éleveurs de yaks nomades, dormant avec eux sous la yourte familiale en feutre.
Partout où manque l’eau règne le minéral. Roches pourpres, pentes grises, sable ocre, pierriers striés de passages de bêtes et, si proches à ces altitudes, des sommets enneigés, petites bosses dépassant les 5 000 mètres.
Le Pamir, presque dépourvu de terres arables, couvre 45% du territoire du Tadjikistan mais ses 220 000 habitants ne comptent que pour 3% de la population du pays. Amis de la solitude et des silences profonds allez-y sans crainte, vous y passerez des journées sans voir âme qui vive hors les passagers de trois ou quatre véhicules ou un campement de nomades kirghyzes posé près d’un point d’eau au fond du paysage...
Murghab capitale du Haut-Pamir, est le siège de l’administration locale. Ses 7 000 habitants vivent d’agriculture et de commerce à 3 700 mètres d’altitude. Ils se ravitaillent au bazar, alignement de conteneurs et de baraques métalliques proposant toutes les mêmes denrées de base. Nous y trouvons cependant des tomates, des pommes, des biscuits, des sardines, un bonnet de laine, du PQ, de l’eau en bouteille... Il va sans dire que fruits et légumes sont importés des basses vallées. Nous patientons dix jours dans la bourgade en attendant la date d’ouverture de nos visas kirghyzes.
Des hordes de chiens errants patrouillent dans les ruelles de terre battue, que nous croyions inoffensifs jusqu’à ce qu’un vénérable touriste japonais en subisse l’assaut. Cave canem! Pendant notre séjour nous voyons passer de nombreux cyclistes au long cours gagnant pour la plupart le Kirghyzstan voisin, tout autant chargés que nous car la région requiert une autonomie de plusieurs jours, concrétisant leur rêve de pédaler sur cette route mythique, la Pamir Highway. Jeunes pour la plupart, en couple bien souvent, ils ont dans le regard le même éclat que je peux lire dans les yeux de Pomme depuis quelques semaines…
Quatre jours de route nous séparent de Sary-Tash, la première bourgade kirghyze. Mais ce sont les quatre étapes les plus exigeantes du voyage, pourvoyeuses des émotions que nous sommes venus chercher.
Alors ne nous plaignons pas des 3 cols dont celui d’Akbaital à 4655 mètres d’altitude; des longues portions de piste malaisée; du vent de nord qui semble vouloir nous repousser; du chargement plus pesant avec la pente et l’altitude; de la tempête de sable dans la vallée de Markansu; de la glace sur la piste au petit matin; des ponts emportés par les eaux. Et délectons-nous des paysages éclatants; d’un bivouac sur les berges d’un ruisseau à 4 120 mètres; de l’immense lac salé de Karakul; de la nuit passée dans le no man’s land entre Tadjikistan et Kirghyzstan à 4200 mètres près d’un troupeau de yaks ; des Snickers achetés dans le magazin de Karakul; de l’apparition du majestueux Pic Lénine (7134 mètres) ou de la joie de retrouver un peu de douceur à Sary-Tash...
Sary-tash a peu changé depuis 2006: maisons blanches aux toits gris, ruelles poussiéreuses, le ruisseau qui serpente au cœur du village… Les routes cependant se sont améliorées, présentant un bel enrobé posé par les Chinois, du meilleur effet sous nos pneus. La gastinitsa Aïda a fermé son bistrot où nous prenions nos repas et de la famille qui nous y avait accueillis ne demeurent sur place qu’Aïda que nous avions connue petite fille, désormais belle jeune femme, et sa maman, un peu plus ronde. Les grands-parents sont décédés lors du séisme de Nura, les tantes vivent à Osh.
Par une belle route toute neuve nous nous rendons à Nura tout contre la frontière chinoise, à 70 kilomètres de Sary-Tash. Nous y recherchons la famille qui nous avait accueillis alors que nous attendions l’ouverture de la frontière. Mais le village a été rasé par un violent tremblement de terre en octobre 2008. Aussi est-ce avec une certaine appréhension que nous pénétrons, vélos à la main, dans la petite bourgade totalement reconstruite de maisons neuves préfabriquées toutes identiques. La maison de nos hôtes a été rebâtie au même endroit que l’ancienne, mais elle est fermée: la famille vit pour les semaines d’été dans les alpages avec son troupeau. Une soeur de la maman nous reconnaît et nous invite chez elle. Son mari et leurs trois garçons nous accueillent. Alors que nous échangeons souvenirs et photos les nouvelles tant redoutées tombent: le bébé qui mordillait les orteils de Pomme et une grand-mère ont été écrasés sous les décombres, l’autre grand-mère est morte d’un cancer.
Les voisins et surtout les voisines accourent pour observer ces drôles d’occidentaux et les photos qu’ils rapportent. Les clichés passent de main en main, les commentaires jaillissent, le groupe se resserre sous le coup de l’émotion.
Nous passons la nuit à Nura dans la maison neuve sans eau courante, mangeant assis sur les tapis autour du tissu qui sert de table le plat traditionnel qui nous poursuit depuis des semaines, le shorpo , soupe de légumes où nagent de rares morceaux de viande de mouton...
-Salam aleikum, Api!
Le vieil homme lève la tête. Dans ses yeux la surprise, puis un éclair: il nous reconnaît. Nous sommes les deux cyclistes français qu’il a hébergés en 2006. Il se met prestement sur ses pieds et nous embrasse vigoureusement. A ses côtés un ami que nous avions photographié à l’époque, un peu plus empâté et sur le nez une paire d’épaisses lunettes qu’il avait eu la coquetterie d’ôter pour le cliché...
A la suite d’Api nous franchissons le petit portail de bois, suivons, vélos à la main, l’allée de terre qui conduit à la maison. Son épouse, assise sur un tas de paille, dégage des guilles de maïs. Embrassades émues. D’autres membres de la famille qui nous sont inconnus, alertés par Api, sortent de la maison pour nous saluer et commenter les photos de 2006 que nous leur présentons. Rires et remarques fusent.
Nous sommes invités à nous asseoir sur des tapis dans la pièce où nous avions dormi. La traditionnelle collation de bienvenue nous est aussitôt servie : thé vert, nan (pain plat et rond kirghyze), beurre recuit, plateau de bonbons, biscuits et fruits secs.
Une conversation cahotique s’engage émaillée de bribes de kirghyze et de russe glanées depuis deux mois, de gestes et de mimiques expressives. Sont évoqués notre voyage, les années passées, la vie à Langar. Une énorme pastèque fait son apparition, que nous partageons en larges tranches juteuses.
Avant de reprendre la route une nouvelle séance de photos rassemble toute la famille. Nous les enverrons par la poste depuis Osh.
Nous aurions pu demeurer plus longtemps chez Api. Manger, dormir, observer la succession des jours et même des saisons… Mais telle est la nature de nos voyages qui nous fait passer puis disparaître, éternels nomades, messagers d’un monde lointain à peine deviné...
A Osh puis à Jalalabad les ruines de maisons incendiées nous rappellent les émeutes de 2010 qui opposèrent Kirghyzes et Ouzbeks.
Pour remonter vers le nord du Kirghyzstan nous empruntons la route M41par la plaine de Ferghana, la vallée de la rivière Naryn et le lac de Toktogul. Nous prenons peu à peu de l’altitude, mais alors que nous sommes sur le point de franchir le col d’Ala Bel (3184 m) la pluie puis la neige nous contraignent à nous réfugier dans le chalet d’alpage de Zamira et de sa famille où nous passons finalement la nuit.
Le lendemain matin la situation n’est pas meilleure. Lorsque nous regagnons la route des géologues qui se rendent à Bishkek nous invitent à monter dans leur camionnette. Il ne faut pas longtemps pour nous décider à les accompagner. Vélos et sacoches hissés dans le véhicule nous regardons par les vitres trempées les troupeaux patauger dans la neige...
A Bishkek nous retrouvons enfin le soleil. Nous arrivons juste à temps pour participer aux festivités du 20ème anniversaire de l’indépendance du Kirghyzstan le 31 août. Défilés en tout genre, grand spectacle dans le stade, feu d’artifice, liesse populaire...
Une dernière escapade vers Karakol et le lac d’Issyk-Kul couronne notre voyage.
Le 10 septembre un avion des Turkish Airlines nous dépose sur le tarmac de Saint-Exupéry. Les globules rouges et les souvenirs étincelants n’ont pas été pris en compte dans l’excédent de bagages...
Vous trouvez que c’est sérieux et raisonnable, à votre âge, de partir à vélo avec le minimum vers des contrées sauvages aux routes incertaines, au confort des plus sommaires, sans même parler la langue du pays? Avez-vous au moins un GPS? Un téléphone portable? Non? Et la maladie? Et l’accident? Y avez-vous pensé? Et l’eau? Comment faites-vous pour l’eau? Ne craignez-vous pas les voleurs? Et la guerre en Afghanistan?...
Nous aurions en effet mille et une raisons de ne jamais partir...
Par bonheur une seule a suffi pour nous pousser à reprendre la route