Nous quittons Murghab pour la partie la plus sauvage du Pamir: 3 à 4 véhicules par jour sur la Pamir Highway, 3 cols dépassant les 4000 mètres, un seul village sans eau courante ni électricité...
Le premier jour nous voit remonter la vallée de la rivière Akbaital jusqu'à un lieu de bivouac à 4100 mètres. Le lendemain nous escaladons non sans peine le col d'Akbaital (4655 mètres) face à un vent puissant et une pente sévère, puis nous rejoignons le village de Karakul au bord du magnifique lac bleu a l'eau salée du même nom. Nous passons deux nuits chez l'habitant et marchons le long des rives léchées par une belle houle sous une température réfrigérante.
Lors de l'étape suivante nous franchissons le col d'Uybulak (4232 mètres), affrontons une tempête de sable dans la vallée désolée de Markansu, passons le poste frontière tadjik près du sommet du col de Kyzil-Art (4336 mètres) et basculons au Kirghyzstan pour dormir dans une ferme à 4200 mètres d'altitude où vivent une mère, sa fille et leurs nombreux yacks à traire deux fois par jour.
Lorsque nous nous élançons dans la descente au petit matin, les ruisseaux sont gelés. Passé le poste kirghyze de Borbodo, ne nous reste qu'à traverser la large vallée de la rivière Kyzylsuu jusqu'à Sary-Tash. Nous y retrouvons avec émotion Aida et sa famille chez qui nous fumes hébergés une semaine lors de notre passage en 2006.
Finis les hautes altitudes et les versants arides, nus et pourpres du Pamir tadjik. Ici partout de l'herbe, bien que parfois sèche, des yourtes, l'électricité et une altitude plus humaine de 3200 mètres.
Nous sommes pour quelques jours en territoire connu...
C'est un peu un pèlerinage que nous effectuons là. En arrivant à Sary Tash nous nous posons à l'hôtel Aida, du nom de la petite fille que nous avions connue en 2006 lors de notre tour du monde. Nous y retrouvons maintenant une belle jeune fille et sa maman, un peu plus ronde. Les parents sont morts dans le tremblement de terre de Nura en octobre 2008.
Justement nous effectuons un crochet de 150 kilomètres par ce village, pour retrouver la famille chez qui nous étions restes trois jours avant de passer en Chine. Nous n'y retrouvons que la soeur de la maman: la famille est en alpage dans un jailoo sous la yourte. Nous apprenons hélas que trois membres de cette accueillante famille sont décédés lors du séisme, dont le bébé qui s'amusait à mordiller les orteils de Pomme!
A proximité d'Osh nous traversons le village de Langar lorsque sur un banc nous reconnaissons Api chez qui nous avions passe une nuit. Lui aussi nous reconnait. Embrassades, évocation du passé et du présent. Son épouse nous étreint chaleureusement, qui ne semble avoir guère vieilli...
Chaque fois nous sommes chaudement remerciés pour les photos que nous apportons, pour le sentiment qu'ils éprouvent de n'être pas oubliés, pour nous être rappelés d'eux.
Ce sont évidemment des moments d'intense émotion pour eux comme pour nous...
La seconde ville du Kirghyzstan après Bishkek a evolué depuis notre passage il y a cinq ans. Les trous des chaussées ont été comblés, le Parc Central a pris des allures de Champ de Mars avec ses jets d'eau, les cyber-cafes se sont multipliés et la circulation s'est densifiée.
Cependant nous avons retrouvé avec plaisir l'immense bazar, un des plus importants d'Asie Centrale, présentant une abondance de fruits, de légumes et de produits de toutes sortes, et dans notre hôtel l'eau courante au robinet et l'usage permanent des interrupteurs, toutes choses inconnues dans le Pamir tadjik.
Dans le centre peu de traces des affrontements entre Ouzbeks et Kirghyzes qui avaient causé plusieurs centaines de morts en 2010: quelques murs calcines ou magasins dévastés encore visibles.
Nous y passons quatre jours paisibles et confortables après les austères journées dans les montagnes du Tadjikistan.
Nous nous apprêtons a rallier Bishkek par la M41, 700 kilomètres de bonne route et quelques cols.
Au départ d'Osh nous sommes pour trois journées dans la vallée de Ferghana, partagée entre Ouzbekistan, Tadjikistan et Kirghyzstan. Très chaude et arrosée, la large vallée permet la culture intensive de fruits, légumes, coton et riz. La route est plate ou vallonnée et deux cols de moyenne ampleur nous font passer tout près d'Uchkurgan, la ville ouzbeke où nous avons échoué en 2006 devant la frontière fermée.
Nous remontons ensuite la vallée encaissée de la rivière Naryn barrée de nombreuses retenues aux eaux vertes. L'excellente chaussée joue aux chèvres capricieuses sur les flancs, escaladant, dévalant, franchissant trois tunnels dont nous sortons indemnes.
Un peu plus haut nous longeons la très belle riviere Karasu près de laquelle nous plantons la tente à côté de la roulotte familiale de Bartogul et Nurale. Puis nous contournons l'imposant lac artificiel de Toktogul, rattrapés par la pluie et le mauvais temps. C'est sous un ciel bas que nous débutons l'ascension du col d'Ala Bel (3155 mètres). La pluie d'abord badine s'intensifie, le froid et le vent s'imposent, puis la neige apparait, toute proche. Nous trouvons refuge dans une ferme d'alpage où nous sommes chaleureusement accueillis par Zamira et sa famille.
La nuit n'arrange rien et au matin il pleut à verse, des véhicules passent de la neige sur le toit.
Nous sommes plantés au bord de la route lorsqu'une camionnette propose de nous emmener jusqu'à Bishkek. Nous acceptons volontiers sans trop de remords: des 2700 mètres les troupeaux peinent à trouver l'herbe, les yourtes fument sous la neige.
Pluie, vent, brouillard et neige nous accompagnent jusqu'au pied des montagnes.
A Bishkek dans la plaine il fait beau et chaud...
Avec quelques jours devant nous avant de reprendre l'avion pour la France, nous avons effectué un bond de 400 kilomètres en bus jusqu'à Karakol à l'extrémité orientale du lac d'Issyk-Kul.
Nous avons pris les vélos avec nous et abandonne le gros des bagages a l'Alfa Guesthouse de Bishkek.
Ainsi nous avons découvert cette charmante petite ville, sa mosquée chinoise et sa cathédrale orthodoxe en bois, ses charmantes maisonnettes aux volets bleus et ses gigantesques peupliers blancs, son marche aux animaux du dimanche, petit cousin de celui que nous avions fréquenté a Kachgar en 2006.
Deux escapades à vélo nous ont conduits jusqu'au lac ou nous avons trempe nos mollets, puis dans la belle vallée de Jeti-Oghuz jusqu'aux falaises de grès rouge qui font sa renommée.
Nous ne pouvons cacher que nous avons aussi beaucoup apprecié la cuisine kirghyze de Kumushay: kuurdak, beshbarmak, oromo et... tarte aux pommes!
Notre arrivee anticipée et motorisée à Bishkek nous a permis d'assister aux festivités du 20ième anniversaire de l'indépendance du Kirghyzstan le 31 aout. Le matin défilé militaire devant la Maison Blanche (palais présidentiel). A notre avis l'armee kirghyze n'a pas de quoi effrayer ses voisins mais elle pourrait le cas echeant rudoyer le peuple...
Le soir dans le grand stade nous avons assisté à une pittoresque mise en scène de l'histoire du pays, à un gala des plus populaires artistes locaux ainsi qu'à un somptueux feu d'artifice pour cloturer cette mémorable journée.
Bishkek est une capitale à taille humaine, aisée à arpenter sous les ombrages et, comme Dushambe le fut en début de voyage, pourvoyeuse de véritables café ou de pizzas plus vraies que vraies...