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Prix Charles Antonin

Situation au

19/11/2019

   

AU POMMISTAN


PAMIR

HORS DU TEMPS

LOIN DU MONDE...

Préambule

Nous vivrons jusqu’à 120 ans!

Cette boutade que nous livrons régulièrement à nos proches ne nous trompe pas. Nos jours s’épuisent et notre capacité à l’autonomie bien davantage: apparaissent déjà occasionnellement quelques fuites et dérèglements dans nos tuyauteries intimes.

Nous savons qu’un autre temps viendra, peut-être tout proche, où nous devrons  nous contenter d’horizons limités, de déplacements contraints, voire d’immobilité.

C’est donc mus par un irrépressible désir d’avancer encore que nous nous élançons à nouveau sur des chemins bien éloignés de notre camp de base savoyard.

A l’horizon trois mois de pérégrination en Asie Centrale afin de découvrir le plateau du Pamir au Tadjikistan, serrer à nouveau dans nos bras de vieux amis kirghyzes et renouer enfin avec la savoureuse existence de nomades à vélo.

Un matin de juin nous enfourchons à Tachkent nos fidèles montures, actrices et témoins de tant de chevauchées au long cours. Lourdement chargées du nécessaire à notre aventure vagabonde, elles se faufilent néanmoins sans peine dans la circulation encore conciliante de la capitale ouzbèke.

En trois journées nous rallions Samarcande sous un soleil implacable qui surchauffe la plaine.

L’ancienne capitale de Tamerlan n’avait pas révélé tous ses secrets lors de notre précédent passage, aussi consacrons-nous quelques journées à la visite de mausolées, medersas ou mosquées aux dômes plus bleus que le ciel.

Au bazar nous faisons la connaissance de Trudy et Dick, couple de cyclistes hollandais en route pour la Chine. Ils nous confient que la solitude leur pèse parfois. Nous acceptons bien volontiers de rouler en leur compagnie jusqu’à Dushanbé.

Nous rejoignons ainsi la capitale tadjike en cinq journées empreintes de bonne humeur et de réelle solidarité, découvrant dans les cols et les vallées traversés une première ébauche de ce que sera notre avenir proche.

Premiers jours au Tadjikistan

Dushanbé est à juste titre considérée comme la plus agréable des capitales d’Asie Centrale: altitude moyenne, bâtiments pastel, avenues ombragées, parcs paisibles… Nous y effectuons quelques achats de nécessité et pouvons même y siroter un authentique, bien que superflu, expresso italien. La douceur des journées nous ferait presque perdre la mémoire de la terrible guerre civile qui ensanglanta la ville, comme tout le pays, de 1992 à 1997.

Trudy et Dick sont pressés: leur visa ne leur laisse que trente jours pour traverser le pays alors que deux mois nous ont été accordés. Notre rythme est définitivement plus nonchalant…

Nous petit binôme nomade reconstitué, nous nous enfonçons bientôt dans le Tadjikistan déshérité des montagnes où nous sommes confrontés à des routes défoncées et cahoteuses qui se frayent un difficile passage dans les gorges de la rivière Vahksh, plongeant vers des torrents aux eaux grises ou escaladant des crêtes aériennes au prix de pentes éprouvantes. De temps à autre une portion mieux revêtue, une section reposante le long d’une eau plus calme, une oasis cultivée où s’abrite un village aux toits gris.

Le soir, la traditionnelle hospitalité musulmane des Routes de la Soie nous ouvre les portes de fermes où cohabitent plusieurs générations. Pomme est souvent invitée par les femmes pour quelques moments d’intimité où il est question de cuisine, d’accouchement, de travail, d’enfants.

Nous partageons avec nos hôtes galettes de pain (nan), thé (chaï), yaourt (ayran), légumes, parfois cerises ou miel.

Il existe toujours une pièce où étaler pour nous plusieurs coussins chamarrés, les kurpachas, souvent l’unique ameublement, afin de confectionner une couche confortable.

Les échanges, bien que limités par l’absence de langue commune, sont bien réels grâce à l’empathie et à la curiosité réciproques qui nous font mieux connaître la vie de l’autre. Tous les moyens sont bons alors: mots appris sur le tas, dictionnaire, photos, dessins, mimiques, regards…

Un matin se dresse sous nos roues le col de Khaburabot et ses 3252 mètres. 30 kilomètres de piste irrégulière, dégradée, pierreuse et sinueuse, 2000 mètres de dénivelée et l’impression de ne jamais en voir la fin….

Au sommet nous attendent Iris et Regula, deux jeunes cyclistes suisses qui nous ont préparé un succulent plat de pâtes… chinoises, renseignées qu’elles étaient de notre approche par des automobilistes locaux. A proximité, des panneaux signalent la présence de mines, souvenirs menaçants d’anciens conflits.

Une piste vertigineuse nous fait basculer tout au fond de la vallée de la Panj. Les eaux des montagnes y abandonnent leur limpidité dans les flots grisâtres dévalant du Pamir.

La rivière Panj marque physiquement la frontière avec l’Afghanistan depuis 1885 lorsque Russes et Anglais fixèrent les limites leurs empires respectifs à l’époque du Grand Jeu.

Nous remontons patiemment son cours par d’interminables gorges parfois si encaissées que la route et la rivière en occupent tout l’espace.

Côté afghan, à un jet de pierre, des hameaux couleur terre, blottis entre berge et montagne où la vie semble figée, reliés au monde par une méchante piste ou un sentier parfois taillé dans la falaise.

Côté tadjik, de rares villages où la vallée respire un peu, toits sombres et murs gris, quelques champs de céréales, des abricotiers, et la route sauvage, indomptée, qui fait le dos rond sous les éboulements, perdant à chaque intempérie des lambeaux de goudron.

- Chaï! Chaï!

On nous hèle pour un thé ou un fruit. On garnit nos sacoches de mûres séchées ou d’abricots…

Nous trouvons à dormir dans un dortoir pour routiers ou dans un homestay, logement organisé chez l’habitant de façon communautaire dans le Gorno-Badakhshan que nous sommes autorisés à traverser grâce à un permis spécial collé dans nos passeports.

Khorog

Khorog, la capitale administrative, abrite ses 30000 habitants à 2000 mètres d’altitude, au confluent des rivières Gunt et Panj. Nous y soufflons quelques jours, heureux de pouvoir diversifier nos menus au bazar et dans les restaurants locaux. Nous croisons quelques Occidentaux, rares touristes ou membres de quelque ONG et de nombreux étudiants de l’Université d’Asie Centrale créée et soutenue par la fondation Aga Khan. Nous goûtons aussi à la fraîcheur des soirées dans le magnifique parc de la ville, le même que la population laboura et ensemença pendant la guerre civile où le Pamir fut dramatiquement isolé du reste du pays.

La vallée de Wakhan

Délestés d’une partie des bagages nous appareillons pour une semaine d’exploration de la vallée de Wakhan, cet étroit corridor partagé entre Tadjikistan et Afghanistan, que Marco Polo visita en 1274.

Après une centaine de kilomètres de gorges et défilés, remontant toujours notre vieille compagne la rivière Panj, nous débouchons sur une magnifique vallée cultivée, large et aérée à 3000 mètres d’altitude.